Chômage: le compte n'est toujours pas bon

Pierre Concialdi, chercheur à l'Ires | Alternatives Economiques n° 286 - décembre 2009

A la suite de la controverse sur les chiffres du chômage qui avait éclaté en 2007, un groupe de travail du Conseil national de l'information statistique (Cnis) s'était réuni et avait formulé en 2008 des recommandations visant à améliorer le dispositif statistique. Fin 2009, le bilan de ces changements reste plus que mitigé. On se limitera ici à deux constats.

Premièrement, la communication du gouvernement reste focalisée sur la statistique mensuelle des demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi. Or, comme le rappelait le groupe de travail du Cnis, seule l'enquête Emploi permet de mesurer le chômage. Selon celle-ci, le nombre de chômeurs s'élevait au deuxième trimestre 2009 à environ 2,6 millions (chiffres France métropolitaine). Par rapport au même trimestre de 2002, la hausse a été de plus de 20% (21,5%).

La statistique des inscrits à Pôle emploi affiche, sur la même période, une remarquable stabilité (- 0,4%) pour la catégorie A, celle dont la définition se rapproche le plus, a priori, du concept de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT). Même en retenant des agrégats incluant les autres catégories de demandeurs, la hausse du nombre de personnes inscrites à Pôle emploi reste bien plus faible, de l'ordre de 7% à 8%, trois fois inférieure à celle mesurée par les enquêtes Emploi de l'Insee. Le décalage est manifeste, même si, sur des périodes plus courtes, les évolutions entre les deux indicateurs sont plus comparables. Ce décalage s'explique peut-être par le fait qu'un nombre croissant de chômeurs ne sont pas inscrits comme demandeurs d'emploi. C'était le cas d'environ un chômeur sur six en 2005. Depuis cette date, ce chiffre n'accompagne plus la publication des chiffres trimestriels du chômage par l'Insee.

Deuxième constat: l'amalgame qui continue d'être pratiqué de fait entre chômeurs (au sens du BIT) et demandeurs d'emploi (inscrits à Pôle emploi) rend invisible la question du sous-emploi. Or, celui-ci a considérablement progressé au cours des dernières années. On entre ici dans un brouillard statistique difficile à percer. Changement de méthodologie à la suite du lancement en 2002 de l'enquête Emploi "en continu" (tous les trimestres), changement de définition début 2008: au total, ce sont environ 400 000 personnes qui ont été sorties des chiffres officiels du sous-emploi à la suite de ces ruptures statistiques.

A définition constante, on peut pourtant estimer que le nombre de personnes en sous-emploi a augmenté d'environ 450 000 entre 2002 et 2009. Globalement, sur cette période, ce sont ainsi près d'un million de personnes supplémentaires qui sont venues grossir les rangs du chômage et du sous-emploi, soit une hausse de près de 30%. La statistique mensuelle des personnes inscrites à Pôle emploi ne permet pas de rendre compte de ces mouvements ni, surtout, de poser dans le débat public les questions pertinentes. Il reste décidément bien des progrès à faire.

Pierre Concialdi, chercheur à l'Ires | Alternatives Economiques n° 286 - décembre 2009
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