Comment définir la pauvreté: Ravallion, Sen ou Rawls ?

Raphaëlle Bisiaux, consultante à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)
L'Economie politique n° 049 - janvier 2011
couverture
Sud : être pauvre et comment s'en sortir
— janvier 2011 —
Graphique 1. Recoupement des différentes définitions de la pauvreté
Graphique 2. Dépenses de consommation par personne et par mois en fonction du nombre de biens premiers détenus
Graphique 3. Dépenses de consommation par personne et par mois en fonction du nombre de capabilités détenues
Graphique 4. Nombre de personnes concernées selon le nombre de capabilités détenues et le nombre de biens premiers détenus

Qu'est ce que la pauvreté ? Si celle-ci paraît être un phénomène visible, concret, aisément reconnaissable, surtout dans le contexte des pays en voie de développement, elle n'en reste pas moins un concept difficilement définissable et mesurable. Pauvre, mais privé de quoi ? Manque de ressources, manque d'éducation, absence de sécurité ? L'objet même de la pauvreté demeure aujourd'hui difficile à déterminer. La privation est une notion communément admise lorsque l'on en vient à définir la pauvreté, mais l'objet de ce qui constitue la privation - ou les privations - reste controversé. De même, être pauvre, est-ce un ensemble figé de caractéristiques ? N'existe-il pas, à l'inverse, différents degrés de pauvreté? Quelle est la part d'universel dans sa définition? Comment la mesurer et la comprendre ?

De nombreux penseurs - économistes, sociologues, philosophes… - se sont essayés à l'exercice, sans pour autant qu'un consensus soit trouvé. La pauvreté monétaire, mesurée par la consommation ou le revenu d'un individu, est largement utilisée mais fait l'objet de lourdes critiques. L'approche par les "capabilités" d'Amartya Sen a permis un nouvel éclairage en montrant que les possibilités d'accès aux ressources par les individus devaient être prises en compte. Une approche qui avait déjà été amorcée par Rawls en 1971 dans sa Théorie de la justice, à l'aide de la notion de biens premiers (droits de base, liberté de choix, etc.): est pauvre celui qui ne peut en disposer. Entre les trois définitions - monétaire, biens premiers et capabilités -, laquelle choisir?

Afin de répondre à cette question ambitieuse, une enquête sur le terrain est présentée ici, mettant en application chacune de ces trois définitions dans le contexte des bidonvilles de Delhi, en Inde du Nord. Les résultats montrent que chacune de ces trois définitions désigne comme pauvres des populations différentes. Elle permet de confirmer que la définition de la pauvreté est loin de faire consensus et de saisir les problèmes rencontrés par les trois définitions: la pauvreté monétaire avec son aspect statistique et parfois très éloigné de la réalité de la situation des populations pauvres; la pauvreté en termes de manque de biens premiers, dont l'idéal est fondé sur des arguments de philosophie politique; enfin, la pauvreté en termes de capabilités manquantes, qui se rapproche plutôt d'une définition dynamique liée aux ressources et aux caractéristiques de l'individu ainsi qu'à son environnement.

Chaque champ idéologique auquel se rattachent les différentes définitions participe d'une vision et d'un éclairage nouveaux des conditions des populations pauvres. Chaque aspect de cette condition est ainsi passé au peigne fin, les différences observées sur le terrain permettant de comprendre les artefacts liés à chaque définition, mais aussi les problèmes d'échelle ou de comparaison interpersonnelle. Si l'approche monétaire agrège des dépenses de consommation qui ne reflètent pas le véritable niveau de vie des individus et reste limitée en termes d'approche individuelle de la pauvreté, les biens premiers de Rawls présentent également des aspects contradictoires car ils ne rendent pas compte des différences de satisfaction retirée de leur usage. Enfin, la vision de Sen sur les capabilités se révèle assez utopiste, personne n'étant jamais véritablement libre des choix de vie qu'il fait, ce qui rend difficile l'identification des capabilités, parfois liées aux choix individuels, parfois liées aux circonstances. Finalement, au-delà de la mesure même de la pauvreté, sa définition et le cadre à la fois théorique et philosophique auquel elle s'attache sont d'une importance majeure.

Trois conceptions différentes de la pauvreté

Emergence et réémergence du concept de pauvreté

La pauvreté a fait l'objet de nombreux débats au cours de l'histoire. Dès 1776, Adam Smith décrit le concept en tant que privation des nécessités de la vie quotidienne. A la fin des années 1890, le darwinisme social établit que la pauvreté est un phénomène qui répond à des lois scientifiques qui se doivent d'être mesurées et documentées. A cette époque, Charles Booth [1889-1891], Seebohm Rowntree [1901] et Robert Hunter [1904] découvrent la pauvreté à travers les premières enquêtes sociales. Ces pionniers de la recherche moderne sur la pauvreté se penchent sur les formes qu'elle prend alors à Londres et York (Royaume-Uni), identifiant les pauvres grâce à des critères monétaires et sociologiques, tels que la nature et la régularité de l'emploi. En suivant une méthodologie différente, Seebohm Rowntree se propose ensuite d'estimer les ressources monétaires nécessaires pour couvrir les besoins nutritionnels, vestimentaires et de logement. Ces premiers travaux sur la pauvreté sont alors beaucoup plus centrés sur une documentation objective et quantitative de la condition des pauvres que sur l'expression véritable d'une définition du phénomène.

Au début du XXe siècle, l'émergence de l'école sociologique de Chicago [cf. par exemple Frazier, 1932] redéfinit l'étude de la pauvreté en apportant une explication "scientifique" à la pauvreté urbaine à travers des sujets tels que la délinquance, la déviance et la dissolution des liens familiaux. La pauvreté en tant que pathologie culturelle émerge par l'explication de sa persistance, ainsi que l'a étudiée Richard Hoggart à la fin des années 1950. L'approche relativiste de Peter Townsend prend forme dans les années 1970. Pour lui, "les individus, familles ou groupes de la population peuvent être considérés en état de pauvreté quand ils manquent des ressources nécessaires pour obtenir l'alimentation type, la participation aux activités, et pour avoir les conditions de vie et les commodités qui sont habituellement ou sont au moins largement encouragées ou approuvées dans les sociétés auxquelles ils appartiennent. Leurs ressources sont si significativement inférieures à celles qui sont déterminées par la moyenne individuelle ou familiale qu'ils sont, de fait, exclus des modes de vie courants, des habitudes et des activités" [Townsend, 1979]. La nouveauté de cette définition tient alors à la référence qu'elle fait à un standard défini par rapport à la société dans laquelle vit l'individu.

Cette époque marque alors l'émergence d'un phénomène que les cercles académiques nomment la "redécouverte de la pauvreté", avec des auteurs qui cherchent à analyser la pauvreté en termes de causes et d'effets, afin de mettre fin au flou qui entoure la notion. Miller [1964] compile ainsi des statistiques utiles et pointues sur l'influence de l'éducation et du travail des femmes sur le revenu du ménage. Richart Hoggart [1957], quant à lui, fait appel aux causes non structurelles de la pauvreté et formule sa propre caractérisation en tant qu'un élément de la classe ouvrière, de ses coutumes, relations et attitudes.

A partir des années 1970, la recherche dans le domaine de l'économie du développement est influencée par divers facteurs. Parmi eux, Townsend et son approche relative de la pauvreté représentent un tournant de taille. De plus, la notion de pauvreté monétaire s'élargit et intègre peu à peu des idées nouvelles, telles que la notion de besoins de base, comme l'éducation et la santé. L'enrichissement du concept de pauvreté devient alors de plus en plus complexe, notamment avec l'apport de Robert Chambers [1974], qui formule l'importance de la participation au sein de la communauté et du sentiment de pouvoir chez l'individu. La notion de vulnérabilité entre aussi dans le débat, ce qui a pour effet de centrer l'analyse sur l'importance des différentes formes de capital (économique, social). L'étude du bien-être, de l'estime de soi et de l'habileté à faire ses propres choix complète le champ des possibles dans lequel la pauvreté se définit.

Ravi Kanbur [2002] souligne que, tandis que les années 1970 et 1980 étaient des périodes propices à de grands bonds conceptuels, la période qui suivra jusqu'au début des années 2000 sera plutôt marquée par une recherche de consolidation des politiques et de l'application des savoirs sur le terrain. Cependant, les contributions récentes sur le thème de la pauvreté semblent indiquer un retour à la réflexion conceptuelle. Ce qui est au coeur du débat, ce n'est pas tant la définition elle-même de la pauvreté que, plutôt, l'ambiguïté qui règne entre les représentations issues d'un concept général et une définition opérationnelle, la description du phénomène et de ses caractéristiques essentielles. Si la pauvreté est un manque de ressources, c'est aussi une construction sociale, puisque ce manque de ressources reflète le niveau de vie et les attentes au sein d'une société particulière. Si la pauvreté est un déficit d'éducation et de santé, cela signifie que la condition du pauvre a une signification plus élargie que le simple manque de ressources. Enfin, si la pauvreté est définie comme l'absence de participation à la prise de décision dans une communauté donnée, cela suggère que l'importance est attachée à l'interprétation des aspects matériels et relationnels de la pauvreté. Ainsi, la pauvreté n'est pas une condition universelle, mais plutôt une construction sociale liée à des attentes au sein d'une société, à des représentations sociales, dont la définition diffère selon les valeurs et normes auxquelles son auteur se rattache.

Qu'est ce que la pauvreté alors? Une grande partie de la littérature économique s'intéresse aux ressources monétaires. François Bourguignon [2006] écrit ainsi que le paradigme de la pauvreté monétaire explore la pauvreté en tant que non-réalisation d'un certain standard de vie, exprimé monétairement. Le revenu ou les dépenses de consommation sont mesurés et déterminent si un individu est en dessous d'un seuil arbitraire, le seuil de pauvreté. Au cours des dernières décennies, ce paradigme a créé un consensus et a été largement approfondi. L'hypothèse principale est la suivante: les différences de revenu ou de consommation permettent de rendre compte des différences de conditions de vie. Grâce à cette hypothèse, la pauvreté monétaire est vue comme prenant en compte les différences entre les individus, qui cherchent tous à maximiser leur bien-être avec les ressources qu'ils possèdent et parviennent ainsi à des niveaux de satisfaction différents. La catégorie des pauvres est alors celle qui ne peut pas, avec les ressources qu'elle possède, acquérir un panier de biens et de services qui est pourtant nécessaire à sa survie.

Cette définition, aussi précise et pratique soit-elle, soulève immédiatement une interrogation essentielle: l'utilité, la satisfaction retirée d'une unité de revenu, est-elle la même d'un individu à l'autre? Le revenu ou les dépenses de consommation ne rendent par exemple pas compte d'aspects importants: espérance de vie, alphabétisation, liberté ou encore accès aux biens publics (services de santé, éducation…). Avec un niveau de revenu identique, deux individus peuvent se trouver dans des situations très différentes dues à leurs caractéristiques individuelles (handicap, discrimination, compétences, réseau social, etc.). Le but est alors de comparer cette définition générique de la pauvreté - par le revenu ou par les dépenses de consommation - à d'autres alternatives, souvent peu mises en avant par les économistes du fait de leur manque d'opérationnalité sur le plan statistique.

Pauvreté monétaire, biens premiers et capabilités

On s'intéressera ici à deux autres approches: celle présentée par John Rawls et celle d'Amartya Sen, que l'on présentera en miroir à celle développée par Martin Ravallion, l'un des auteurs phares sur le sujet, qui reprend le paradigme de la pauvreté monétaire. L'idée est de quantifier la pauvreté, de comprendre à quel degré elle existe, tout en tenant compte de la manière dont la pauvreté est définie dans les pays en voie de développement.

Pour les partisans de l'analyse de la pauvreté en termes monétaires, le niveau critique des dépenses pour qu'une personne ne soit pas considérée comme pauvre - 1,25 dollar par jour - est défini par la moyenne des seuils de pauvreté nationaux dans les pays en voie de développement. Ces seuils sont pour la plupart calculés comme étant le coût associé au niveau minimum de calories ou au niveau de consommation nécessaire à la survie, et donnent lieu à un seuil de pauvreté international qui permet d'effacer les divergences d'un seuil de pauvreté national à l'autre.

L'approche de Sen est radicalement différente. L'économiste indien approche plutôt la pauvreté en termes de "capabilités", au sens de "capacités à être ou à faire", les pauvres étant ceux qui ne possèdent pas ces capacités à être ou faire. La pauvreté en tant que manque de ressources monétaires est vue par Amartya Sen comme étant très réductrice, puisqu'elle ne tient par exemple pas compte de la condition physique de l'individu ou de ses accomplissements personnels. Dans Poverty and Famines [1981], texte fondateur de la notion de capabilité, Sen remarque que les famines sont plutôt le résultat d'un dysfonctionnement dans la capacité d'appropriation des ressources que de la pénurie alimentaire en elle-même. De fait, en étudiant par exemple la famine qui eut lieu en Afghanistan en 2000-2001, il apparaît que les sécheresses successives en 1999, 2000 et 2001 ne sont pas les seules variables explicatives de la famine. La production céréalière en Afghanistan a certes reculé de 37% entre 1999 et 2001, selon les chiffres de la Food and Agriculture Organization (FAO) en 2001. Une analyse plus approfondie montre que ce qui a réellement conduit à une famine était plutôt le fait que les cultivateurs de pavot pensaient avoir un revenu stable pour assurer leur subsistance. Or, leur pouvoir d'achat a diminué du fait de l'interdiction de la culture de pavot par les talibans. Le manque de ressources monétaires a effectivement conduit à une famine, sans que celle-ci ait été liée à une pénurie alimentaire mais plutôt au manque de capacité des individus à faire face à l'interdiction de la culture du pavot, se retrouvant alors sans ressources.

Etre dépendant d'un accès unique aux ressources est une caractéristique des groupes vulnérables, ce que Sen met en lumière grâce à une carte des possibilités d'accès aux ressources afin de comprendre les dynamiques d'une famine. Le concept de capabilité qui découle de cette étude est celui d'un bien-être mesuré par ce qu'une personne réussit effectivement à accomplir avec les ressources dont elle dispose, compte tenu de ses caractéristiques personnelles et des circonstances extérieures. Une idée supplémentaire se trouve dans la notion de capabilité: l'individu est certes capable de certains accomplissements, ceux-ci étant à sa portée, cependant l'accent n'est pas mis sur l'idée de résultat, d'accomplissement effectif, mais véritablement sur la capacité à être ou faire. Amartya Sen propose ainsi l'approche des capabilités en contraste avec deux théories populaires à l'époque: la pauvreté monétaire fondée sur la satisfaction par les ressources (notamment Martin Ravallion) et la pauvreté au sens de John Rawls.

John Rawls, philosophe et penseur politique, publia sa Théorie de la justice en 1971, avec un important retentissement dans la philosophie politique d'alors et jusqu'à aujourd'hui. Les similitudes présentes entre les deux cadres d'analyse que sont ceux de John Rawls et d'Amartya Sen invitent à la comparaison, les deux théoriciens ayant par ailleurs eu un véritable et vivant débat dans les années 1980. Antérieure à la notion de capabilité, la théorie de Rawls s'articule autour de deux principes:

  • chaque personne doit avoir un droit égal au système le plus étendu de libertés de base égales pour tous, compatible avec le même système pour les autres (principe d'égale liberté);
  • les inégalités sociales et économiques doivent être organisées de façon à ce que, à la fois, on puisse raisonnablement s'attendre à ce qu'elles soient à l'avantage de chacun, et à ce qu'elles soient attachées à des positions et des fonctions ouvertes à tous (principe de différence).

Aussi, des valeurs sociales telles que la liberté, l'égalité, les bases sociales du respect de soi, appelées "biens premiers" par John Rawls, se doivent d'être réparties entre les individus de telle sorte que tous les membres de la société, considérés comme libres et rationnels, acceptent le contrat social tant que les inégalités économiques et sociales bénéficient à tous. Les biens premiers doivent ainsi être utiles à chacun afin de l'aider à réaliser ses projets de vie; ils sont la base d'un véritable contrat social sur lequel s'entendent tous les membres de la société, et sont une condition nécessaire pour l'exercice de la justice et du bien.

La pauvreté est alors définie de manière universelle par le manque de biens premiers. Utiliser la théorie de la justice de Rawls comme définition de la pauvreté est cependant un exercice difficile, puisque cela signifie qu'il est possible de définir un ensemble de besoins primaires universels, communs à tous, et sans tenir compte des variabilités individuelles. Ces besoins sont les suivants: droits et libertés de base (comme la liberté d'expression, d'association, de mouvement), choix de l'occupation (libre accès aux différents choix de vie), pouvoirs et prérogatives, revenu et richesse, et enfin, les bases sociales du respect de soi.

Sen et Rawls s'accordent sur le fait que la pauvreté monétaire est un instrument largement réducteur pour mesurer l'ampleur et la complexité du phénomène. D'après Sen, la pauvreté monétaire ne rend pas compte des différences entre individus, ni des circonstances extérieures. Par exemple, à revenu égal ou à consommation égale, deux individus retireront une satisfaction différente (métabolisme, handicap, etc.). Cette approche de la pauvreté ne tient donc pas compte des personnes qui ne parviennent pas à transformer leurs ressources en système d'appropriation permettant de répondre à leurs besoins. De même, la définition monétaire de la pauvreté ne reflète pas les choix de vie qu'une personne peut faire, comme le fait de jeûner ou de vivre modestement.

Le débat entre Rawls et Sen se situe à un autre niveau mais sur la base d'arguments similaires. Sen reproche aux biens premiers de Rawls de ne pas tenir compte du fait que les individus peuvent retirer différents degrés de satisfaction de biens premiers universels. Des différences d'usage et d'utilité liées au sexe ou à l'âge, par exemple, peuvent mener à beaucoup de possibilités différentes malgré des ressources au départ identiques.

Rawls, au début des années 1980, répond alors que les biens premiers ne doivent pas être interprétés comme étant des moyens indispensables à la réalisation d'un projet de vie. Il explique ainsi que la liste des biens premiers a été interprétée à tort comme étant liée à des faits sociaux, psychologiques et historiques, tandis que, selon lui, elle reflète plutôt un état abstrait des moyens dont un individu doit disposer afin de pouvoir vivre sa vie comme il l'entend. Rawls place ainsi le débat à un niveau plus philosophique. Sen [1984] ajoute cependant: "Il y a […] de bonnes raisons de penser que Rawls lui-même - contrairement à ce que sa propre théorie postule - se rapproche de l'idée de capabilité. Il met l'accent sur les biens premiers en évoquant ce qu'ils permettent aux individus d'accomplir. C'est uniquement grâce à son hypothèse - souvent implicite - selon laquelle la correspondance entre les biens premiers et les capabilités est toujours exacte, qu'il lui est permis de se concentrer sur les biens premiers plutôt que sur les capabilités correspondantes. Une fois cette hypothèse réfutée, la suite naturelle devrait être de se préoccuper des capabilités." Un argument auquel Rawls [1982] avait déjà répondu: "Les biens premiers ne sont pas un pis-aller, à défaut d'une meilleure théorie, mais une pratique sociale raisonnable que nous essayons de concevoir de manière à obtenir un contrat acceptable par tous, requis pour une coopération sociale efficace et volontaire parmi les citoyens, dont la compréhension de l'unité sociale repose sur une conception de la justice. La théorie économique est tout à fait indispensable pour déterminer les caractéristiques plus précises d'une pratique des comparaisons interpersonnelles dans les circonstances d'une société donnée. Il est essentiel de comprendre le problème dans le contexte philosophique approprié."

Les approches de John Rawls, Amartya Sen et Martin Ravallion sont trois conceptualisations de la pauvreté très différentes, qui illustrent la mésentente sur la définition de la pauvreté. Le seul moyen de les évaluer est alors de mesurer empiriquement les différences entre ces trois définitions, en regardant quels individus sont désignés comme pauvres par chacun des trois auteurs, et pour quelles raisons.

Confronter les définitions à la réalité: les bidonvilles de Delhi

Une enquête sur la pauvreté dans les bidonvilles de Delhi (1), au cours de laquelle des habitants ont été interrogés sur les caractéristiques des trois définitions de la pauvreté étudiées ici, a permis de comprendre comment les définitions de la pauvreté étaient à même de désigner certains individus comme pauvres et d'autres non. Opérationaliser sur le terrain des définitions à caractère parfois philosophique de la manière la plus juste possible a conduit à des choix méthodologiques précis, notamment pour distinguer la pauvreté selon Rawls et selon Sen. La mesure des capabilités s'est faite en insistant sur le caractère du possible accomplissement de celles-ci, c'est-à-dire par une formulation originale des questions posées, qui insiste sur la possibilité pour un individu de réussir ou d'entreprendre une action, et non sur l'action elle-même (2). Pour les biens premiers de Rawls, une approche plus matérielle est utilisée: être en bonne santé, savoir lire et écrire, ou encore détenir les bases sociales du respect de soi. La pauvreté au sens monétaire, quant à elle, a été définie grâce au seuil de pauvreté de 1,25 dollar par jour [Ravallion, 1992].

Populations pauvres à Delhi

La pauvreté à Delhi (ville située dans le Nord de l'Inde et où vivent 13 millions de personnes d'après le recensement de 2001) est un phénomène important. D'après les estimations de la commission d'urbanisme de Delhi, 15,2% de la population vit sous le seuil de pauvreté national. Or, ce seuil de pauvreté s'apparente plutôt à un seuil de survie, puisqu'il n'intègre que les dépenses en nourriture dans le calcul du minimum pour vivre. La pauvreté à Delhi est en réalité largement plus importante et multiforme. Les bidonvilles représentent le mode d'habitat de 4 à 5 millions d'individus (34% de la population), auxquels il faut ajouter environ 2 millions d'individus vivant dans la rue (15% de la population).

Les différentes définitions isolent-elles les mêmes individus?

La présente enquête a donné lieu à des résultats intéressants. La simple superposition des différentes définitions de la pauvreté montre sans surprise que celles-ci ne s'accordent pas sur quels individus sont véritablement pauvres au sein d'une même population. Le graphique ci-dessous montre ainsi que les cercles, représentant les individus pauvres recensés dans le cadre de notre enquête parmi la population totale considérée, ne sont pas alignés.

Cherchons à comprendre comment procède le ciblage de la pauvreté selon les trois définitions. Dans le cas de la pauvreté monétaire, l'âge, le genre, le niveau d'éducation de l'individu ou encore sa santé ne semblent pas influencer le fait d'être déclaré comme pauvre. Le nombre de personnes adultes dans un même ménage est une variable considérée comme plus importante, la pauvreté étant plus grande dans ces ménages puisque le revenu du chef de ménage doit se répartir entre un plus grand nombre d'individus. La pauvreté monétaire au sens de Ravallion relève également le fait que les ménages plus riches sont plus enclins à envoyer leurs enfants à l'école, car ils n'ont pas besoin du revenu supplémentaire que peut apporter le travail d'un enfant.

Les variables monétaires ne permettent ainsi pas de savoir si les individus plus ou moins éduqués, homme ou femme, en bonne ou mauvaise santé, sont plus ou moins touchés par un état de pauvreté. Par exemple, dépenser moins en matière de santé peut aussi bien vouloir dire que l'individu est en bonne santé que signifier qu'il ne peut s'offrir les soins de santé dont il aurait besoin. L'approche monétaire souffre ainsi d'un biais important, du fait qu'elle n'intègre pas tous les aspects de la pauvreté. Cette approche peut même être contre-intuitive, la constatation de dépenses de santé dites "catastrophiques" reflétant à tort une plus grande richesse: par exemple, si, en l'absence de soins de santé, une personne ne peut plus travailler, la santé devient alors une dépense inévitable qui peut conduire à réduire d'autres postes budgétaires au sein du ménage. L'une des limites de l'approche de la pauvreté par le niveau de consommation est ainsi mise en lumière: un niveau plus important ne veut pas forcément dire un niveau de vie plus satisfaisant. Les caractéristiques des individus ont une importance capitale dans la satisfaction retirée d'un certain niveau de ressources (santé, discrimination de genre, d'âge…), caractéristiques que la pauvreté monétaire ne prend pas en compte.

Qu'en est-il de la définition rawlsienne de la pauvreté? Les biens premiers de John Rawls ciblent un type restreint de pauvreté, avec ses avantages et ses limites. L'intérêt majeur de la définition rawlsienne est qu'elle capture les caractéristiques individuelles de la pauvreté. Par exemple, les femmes et les personnes âgées sont ciblées comme étant plus enclines à être pauvres, par rapport aux hommes et aux jeunes. De même pour ce qui est de l'éducation de l'individu. L'ensemble permet alors de distinguer les situations au sein d'un même ménage: homme/femme, personne âgée/jeune, haut niveau d'éducation/faible niveau d'éducation… Il est à noter également que les biens premiers capturent en outre une forme plus monétaire de la pauvreté, un plus grand nombre de biens premiers étant associé à un niveau de dépenses de consommation plus élevé (voir graphique 2 page suivante).

Aussi, par une enquête de pauvreté fondée uniquement sur des questions du type "Etes-vous en bonne santé?", "Savez-vous lire et écrire?" ou encore "Considérez-vous que votre vie vaut la peine d'être vécue?" (bases sociales du respect de soi) et "Exprimez-vous librement vos opinions?" (droits et liberté) - questions dénuées de toute considération monétaire -, des caractéristiques précises de la pauvreté sont mises en évidence: être une femme, être âgé, être peu éduqué, avoir un faible niveau de consommation, ou encore vivre dans un ménage où le chef de famille n'a pas de travail stable. En somme, le profil de pauvreté qui est dressé par la définition rawlsienne est très précis et centré sur l'individu: une définition de la pauvreté beaucoup plus à même de capturer la qualité de vie réelle que le seul niveau de consommation.

Quant à Sen, sa définition de la pauvreté est effectivement différente de celle des biens premiers, quoique biens premiers et capabilités paraissent proches du point de vue théorique. Tout d'abord, par rapport à la définition monétaire de la pauvreté, on peut voir que les capabilités, tout comme les biens premiers, ont un fort pouvoir prédicateur de la richesse des individus: niveau de consommation et capabilités détenues par un individu sont étroitement corrélés.

Toujours par rapport à la définition monétaire de la pauvreté, les capabilités d'Amartya Sen (voir graphique 3) offrent une preuve supplémentaire des limites de l'approche par le niveau de consommation: la part des dépenses de consommation dédiée aux soins et à la santé est un indicateur de pauvreté chez Sen, l'individu étant généralement pauvre lorsque ses dépenses en santé sont importantes. Ce résultat contraste largement avec celui de Ravallion, pour qui les dépenses en santé sont un signe de richesse et d'aisance. Aussi, les dépenses de santé, inévitables, devraient être considérées autrement dans la comptabilité de la pauvreté monétaire, afin d'éviter un tel biais.

De même, Sen offre une vision très différente de la pauvreté, à travers par exemple l'étude de la taille des ménages. Selon Sen et d'après cette enquête, les ménages les plus pauvres sont les ménages de petite taille, au contraire de ce qu'avance la pauvreté monétaire, pour laquelle les ménages les plus importants sont les plus pauvres en raison de la nécessité de distribuer des ressources entre un plus grand nombre de personnes. Etre un ménage de grande taille a cependant des avantages qui ne sont pas capturés par l'aspect monétaire, comme le fait d'avoir un réseau de relations plus étendu, un capital social plus important. Bien qu'une définition universelle de ce qui constitue la pauvreté ne puisse être facilement trouvée, confronter les théories à la réalité permet ainsi de saisir des différences fondamentales sur ce qui fait l'essence de la pauvreté.

Le débat biens premiers/capabilités

Les individus qui possèdent des biens premiers sont généralement ceux qui possèdent également des capabilités. Cependant, une relation non proportionnelle existe entre détention de biens premiers et détention de capabilités. Le nombre de biens premiers détenus n'est effectivement pas toujours égal au nombre de capabilités détenues, si bien que le fait de jouir de la satisfaction qui peut être apportée par un bien premier n'est pas forcément acquis, pour des raisons par exemple de handicap, de discrimination entre les genres, entre les âges, etc. Les individus peuvent retirer différents degrés de satisfaction des biens premiers. Par exemple, les femmes sont plus à même de retirer une plus grande satisfaction de leurs biens premiers lorsqu'elles sont en bonne santé.

Cette observation va dans le sens de Sen, selon qui les biens premiers ne tiennent pas compte du fait que les individus peuvent retirer différents degrés de satisfaction en fonction de leurs caractéristiques individuelles. Aussi, "il faut tenir compte du fait que nombre de "pauvres", en termes de revenus et d'autres biens premiers, présentent également des caractéristiques - âge, handicap, mauvais état de santé, etc. - qui leur rendent plus difficile la conversion des biens premiers en capabilités de base, telles que la capacité de se déplacer, de mener une vie saine et de prendre part à la vie de la collectivité. Ni les biens premiers ni les ressources définies plus largement ne peuvent rendre compte de la capabilité dont jouit effectivement une personne" [Sen, 1987].

Les capabilités sont-elles cependant un instrument de mesure infaillible de la pauvreté? Sen montre bien que la notion de biens premiers ne permet pas de comprendre les différences de bien-être entre les individus, les biens premiers étant définis de manière universelle et ne représentant pas les caractéristiques individuelles des individus. Différentes trajectoires de vie correspondront à une même distribution des biens premiers, ceux-ci faisant l'objet d'utilisations différentes d'un individu à l'autre.

Les principes moraux qui sous-tendent la théorie de la justice ont permis de justifier l'idée de biens premiers, ces biens qui constituent ce que chaque individu, sur la base d'une rationalité partagée, est supposé avoir besoin pour mener à bien ses projets de vie. Cependant, comme Rawls lui-même l'indique, la liste des biens premiers reflète plutôt un état abstrait des moyens dont un individu doit disposer afin de pouvoir vivre sa vie comme il l'entend, état utopique peu applicable à une réalité historique et sociale. L'objectif rawlsien est ainsi normatif. Est-ce cependant une faille dans la compréhension de ce qui constitue la pauvreté? Détenir un instrument de mesure capable de rendre compte des différences interpersonnelles dans une société donnée est essentiel, mais la pauvreté doit avant tout être comprise dans le contexte philosophique approprié. Rawls a ainsi reproché à la théorie des capabilités de Sen son caractère de doctrine morale globale, valorisant certaines capabilités au détriment des autres, avec une conception très morale du bien-être. Selon Rawls [1985], "l'idée [d'une conception politique de la justice], c'est que dans une démocratie constitutionnelle, la conception publique de la justice doit être, autant que possible, indépendante de doctrines philosophiques et religieuses, celles-ci pouvant être sujettes à controverse" (3).

Il semblerait donc que l'idée de pauvreté ne soit pas aussi "universalisable" qu'elle y paraît, chaque conception étant toujours marquée par une doctrine propre à l'auteur et subjective. Un autre grief que l'on peut adresser aux capabilités tient à la difficulté de distinguer les choix véritablement faits par l'individu des circonstances dans lequel il se trouve et qui le poussent à prendre une certaine décision. Cette difficulté remet ainsi en cause le fondement même de l'idée de capabilité, qui consiste en un choix d'un type de vie par rapport à d'autres types de vie alternatifs. Les circonstances semblent ainsi parfois prendre le pas sur cette théorie de la liberté de choix plutôt utopiste que Sen a formulée.

Conclusion

De nombreuses différences sont apparues entre les définitions de la pauvreté de Ravallion, Rawls et Sen. Notamment, la mesure de la pauvreté par la consommation est loin d'être un indicateur parfait, celle-ci se fondant sur des catégories très arbitraires et sur leur agrégation. Certaines dépenses de consommation sont ainsi des dépenses inévitables (par exemple, les dépenses de santé inopinées), et leur agrégation empêche de cibler les individus qui sont véritablement les plus pauvres. L'approche monétaire possède un autre biais du fait qu'elle est appliquée à l'échelle du ménage. En effet, supposer que les ressources sont distribuées de manière égale entre les membres d'un ménage est utopique, si bien que la mesure monétaire de la pauvreté, d'une part, englobe des individus qui ne sont pas pauvres car ils bénéficient d'une distribution des ressources à leur avantage, et d'autre part, oublie des individus qui sont pauvres dans des ménages où la répartition des ressources est en leur défaveur.

Concernant les biens premiers de Rawls, l'enquête de terrain a montré que les différences interpersonnelles d'utilisation retirée des biens premiers ne sont pas prises en compte, ce qui reste un obstacle de taille dans la détermination de la pauvreté. En effet, capturer les différences d'utilité entre les individus est primordial, sachant par exemple qu'à niveau d'éducation égal, deux individus en retireront des bénéfices différents si l'un d'entre eux est handicapé ou discriminé par l'une de ses caractéristiques personnelles.

Si les différences interpersonnelles sont importantes dans la détermination de la pauvreté, il ne faut cependant pas oublier que celles-ci doivent être explicitées dans un cadre d'analyse approprié. Rawls remet ainsi en question le caractère moral des capabilités, qui stigmatise et disqualifie certains groupes dont les valeurs et normes sont différentes. Au-delà des considérations de doctrine philosophique, il semble que la pauvreté soit un phénomène difficilement universalisable, pour ce qui est de sa définition.

Enfin, considérant la corrélation qui existe entre le niveau des dépenses de consommation et le nombre de biens premiers ou de capabilités détenus par un individu, il semblerait que, si l'approche monétaire reste limitée en termes de conceptualisation et de définition proprement dite de la pauvreté, elle n'en reste pas moins un instrument de mesure idéal, assez pointu pour permettre d'éviter le recours à des opérationnalisations complexes de théories comme celles de Sen ou Rawls. Reste, cependant, que la réflexion sur l'essence de la pauvreté doit continuer à exister en amont.

En savoir plus

Bibliographie

Booth, Charles, 1889-1891, Life and Labour of the People of London, 2 vol., Londres, Macmillan.
Chambers, Robert, 1974, Managing Rural Development: Ideas and Experience from East Africa, Uppsala, Scandinavian Institute of African Studies.
Frazier, E. Franklin, 1932, The Negro Family in Chicago, Chicago, University of Chicago Press.
Hoggart, Richard, 1957, The Uses of Literacy, Harmondsworth, Penguin.
Hunter, Robert, 1904, Poverty, New York, Macmillan.
Kanbur, Ravi, 2002, "Economics, social science and development", World Development, "Cross-Disciplinarity in Development Research", vol. 30, n° 3.
Miller, Herman P., 1964, Rich Man, Poor Man, New York, New American Library.
Ravallion, Martin, 1992, "Poverty comparisons. A guide to concepts and methods", Living Standards Measurement Study, working paper n° 88, Washington, DC, World Bank, fév.
Rawls, John, 1971, A Theory of Justice, Cambridge (MA), Harvard University Press (trad. fr. Théorie de la justice, Paris, Le Seuil, 1987).
Rawls, John, 1982, "Social unity and primary goods", in Amartya Sen et Bernard Williams (ed.), Utilitarianism and Beyond, chap. 7, Cambridge, Cambridge University Press.
Rawls, John, 1985, "La théorie de la justice comme équité: une théorie politique et non pas métaphysique", in collectif, Individu et justice sociale. Autour de John Rawls, Paris, Le Seuil, coll. "Points Politique", 1988.
Rowntree, Seebohm, 1901, Poverty: a Study of Town Life, Londres, Macmillan.
Sen, Amartya, 1981, Poverty and Famines: an Essay on Entitlements and Deprivation, Oxford, Clarendon Press.
Sen, Amartya, 1984, Resources, Values and Development, Cambridge (MA), Harvard University Press.
Sen, Amartya, 1987, On Ethics and Economics, Oxford, Basil Blackwell (trad. fr. Ethique et Economie, Paris, PUF, 1993).
Smith, Adam, 1776, An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations (trad. fr. Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations).
Townsend, Peter, 1979, Poverty in the United Kingdom, Harmondsworth, Penguin.

(1) Cette étude a été réalisée dans le cadre de mon mémoire de master à l'Institut d'études politiques de Paris, lors d'une étude de terrain de cinq mois à New Dehli.

(2) Par exemple, il est demandé durant l'interview si la personne peut participer à la vie politique locale s'il lui en prend l'envie, ou si son niveau d'éducation est suffisant pour vivre la vie qu'elle souhaite vivre.

(3) Traduction personnelle.

Raphaëlle Bisiaux, consultante à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)
L'Economie politique n° 049 - janvier 2011
 Notes

(1) Cette étude a été réalisée dans le cadre de mon mémoire de master à l'Institut d'études politiques de Paris, lors d'une étude de terrain de cinq mois à New Dehli.

(2) Par exemple, il est demandé durant l'interview si la personne peut participer à la vie politique locale s'il lui en prend l'envie, ou si son niveau d'éducation est suffisant pour vivre la vie qu'elle souhaite vivre.

(3) Traduction personnelle.

 Commenter cet article
J'ai déjà un compte, je m'identifie :

Mot de passe oublié?

Je n'ai pas de compte, je m'inscris :

Votre email :
Les trois derniers numéros

Votre email :
Autres ressources

Je m'abonne et je commande



  • Offres enseignants
  • Offres institutions
  • Offres étudiants

  •  
Autres rubriques

<a href="page.php?rub=99"><img src="pics/fr/mes-achats.gif" alt="Mes achats">

alternatives economiques Economie Politique : Contacts | Annonceurs | Informations légales | Signaler un contenu illicite
Abonnements : 12 rue du Cap Vert 21800 Quetigny - Tel 03 80 48 10 25 - Fax 03 80 48 10 34 - accès au formulaire de contact
Rédaction - Economie Politique : 28, rue du Sentier, 75002 Paris - 01 44 88 28 90 - accès au formulaire de contact
© Economie Politique. Toute reproduction ou représentation intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, des pages publiées sur ce site est soumise à
l’autorisation de : Economie Politique. Ce site fait l’objet d’une déclaration auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés sous le numéro 821101
Accueil