L'idée de justice
Ed. Flammarion, 2010, 558 p., 25 euros.
Voici le livre "senissime" par excellence, à la fois stimulant et casse-pieds. Casse-pieds, ce règlement de comptes avec l'approche de la justice sociale privilégiée par Rawls qui occupe le premier tiers du livre. Sen lui reproche son localisme (la justice sociale n'y est traitée qu'au sein d'un pays, pas sur l'ensemble de la planète), et surtout son approche "transcendantale" (définir ce que devrait être la société juste ne nous fait pas avancer d'un pouce dans l'amélioration de sociétés qui sont loin de cet idéal). Mais, au-delà de cette querelle (à mes yeux un peu excessive), ce livre est une superbe illustration de l'économie comme science morale.
Au coeur de sa réflexion, est soulignée l'importance de la démocratie comme "gouvernement par la discussion", où il rompt avec l'économisme ambiant. Car seul ce type de confrontation permet d'approcher au mieux ce qu'il appelle les "capabilités", c'est-à-dire, pour chacun, le pouvoir de faire ce qu'il est capable de faire, de réaliser ses potentialités sans en être empêché par des règles (qui sont alors injustes) ou des situations (la pauvreté, l'oppression, l'insécurité…).
Cette approche met moins l'accent sur la production que sur ce que cette production permet réellement de faire: "Ne prêtons pas aux revenus, à la prospérité, une importance intrinsèque, mais évaluons-les en fonction de ce qu'ils aident à construire, en particulier des vies dignes d'être vécues." Un livre riche d'épaisseur humaine.



























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