L'industrie est de retour

Jean-Louis Levet, directeur général de l'Institut de recherches économiques et sociales (Ires) | Alternatives Economiques n° 288 - février 2010

Etats généraux de l'industrie, grand emprunt: il aura fallu une crise d'ampleur inédite pour qu'on recommence à prendre conscience de l'importance des activités industrielles dans nos économies. Pendant trois décennies, l'industrie s'est en effet retrouvée progressivement mise à l'index. Dans les années 1980, la mode était à la société "post-industrielle": l'avenir résidait dans les services et non dans l'industrie, considérée comme dépassée et aliénante. Dans les années 1990, est venu le tour de la "nouvelle économie": "l'ancienne", dominée par les activités industrielles, allait disparaître au profit d'Internet et de la finance, sources majeures de croissance pour le monde. Au cours des années 2000, c'est "l'entreprise sans usines" qui a pris le relais: à quoi bon chercher à produire quoi que ce soit puisqu'on peut tout délocaliser à moindre coût dans les nouveaux pays émergents? Avec la financiarisation de l'économie, l'entreprise était alors considérée sur les marchés financiers comme un simple actif "liquide" qu'il convenait d'optimiser; or, les lourdeurs inhérentes à la production industrielle freinaient cette liquidité.

Résultat: la France a connu une désindustrialisation rapide, un mouvement plus accentué que dans beaucoup d'autres pays comparables. Les importantes pertes d'emplois industriels (- 27% depuis 1990) ont provoqué un transfert de la population active vers des emplois peu qualifiés et moins bien rémunérés. La création de nouvelles activités est insuffisante: depuis 1995, la France perd constamment des parts de marché. Et au bout du compte, on constate que cette perte de substance industrielle menace la prospérité du pays du fait de ses effets induits sur le reste des activités.

On se rend compte aujourd'hui de l'ampleur du problème que constitue une telle évolution. Il n'existe aucune solution miracle capable d'inverser la tendance à court terme. C'est d'une action continue et multiforme dont le pays a besoin, tout comme à l'échelle européenne. Pour réorienter les financements vers des projets de long terme; réhabiliter l'industrie dans la société, et notamment auprès des jeunes et des femmes; mettre en oeuvre un effort soutenu et sans à-coups en matière de créativité, de recherche et d'innovation dans l'ensemble des activités, tant les besoins sont considérables, en particulier ceux liés à la mutation écologique de l'économie. Cette prise de conscience nous donne l'opportunité de doter le pays d'une stratégie de développement par l'industrie. L'ensemble des acteurs doivent la saisir.

En savoir plus

Voir aussi notre dossier pages 46-57.

Jean-Louis Levet, directeur général de l'Institut de recherches économiques et sociales (Ires) | Alternatives Economiques n° 288 - février 2010
 Commentaires
pierre ratcliffe, le 17/02/2010 à 12:21
Cet article néglige de relativiser la désindustrialisation: tertiarisation due à l'externalisation et la montée des services aux entreprises et mutation des activités industrielles. La baisse relative du poids de l'industrie vaut pour les effectifs comme le montre votre egraphique, mais elle s'explique en partie par les stratégies d'externalisation; elle vaut également pour la part de l'industrie en VA mais cela s'explique par des accroissements de productivité supérieurs dans l'industrie que dans le tertiaire; et la part de l'industrie en volume reste constante (INSEE). Donc les propos de JL Levet s'appliquent à l'adaptation aux mutations: une transformation de notre système économique et des mutations accélérées qui posent des problèmes sérieux et nécessitent des politiques d'accompagnement.... pour cela il convient de faire les bons diagnostics et en l'occurence cet article de Levet pourrait être complété.
pierre ratcliffe, le 17/02/2010 à 12:21
Cet article néglige de relativiser la désindustrialisation: tertiarisation due à l'externalisation et la montée des services aux entreprises et mutation des activités industrielles. La baisse relative du poids de l'industrie vaut pour les effectifs comme le montre votre egraphique, mais elle s'explique en partie par les stratégies d'externalisation; elle vaut également pour la part de l'industrie en VA mais cela s'explique par des accroissements de productivité supérieurs dans l'industrie que dans le tertiaire; et la part de l'industrie en volume reste constante (INSEE). Donc les propos de JL Levet s'appliquent à l'adaptation aux mutations: une transformation de notre système économique et des mutations accélérées qui posent des problèmes sérieux et nécessitent des politiques d'accompagnement.... pour cela il convient de faire les bons diagnostics et en l'occurence cet article de Levet pourrait être complété.
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