La crise, acte III (introduction au dossier)


Guillaume Duval
Alternatives Economiques n° 305 - septembre 2011
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Il y avait eu le coup de tonnerre de la récession brutalement enclenchée par la chute de Lehman Brothers à l'automne 2008. A partir de l'hiver 2009, la crise s'était muée en Europe en une crise des dettes publiques de plusieurs pays périphériques de la zone euro, sans pour autant empêcher une lente reprise de l'activité. L'été 2011 a marqué une rechute inquiétante. Avec, aux Etats-Unis, un blocage politique majeur autour du relèvement du plafond de la dette et à la clé la dégradation sans précédent de la note américaine par l'agence de notation Standard & Poor's et, en Europe, un début de contagion de la crise de la dette à l'Espagne et à l'Italie. Le tout accompagné d'un net ralentissement de l'activité faisant redouter un retour de la récession aussi bien sur le Vieux Continent qu'outre-Atlantique. Nous sommes manifestement entrés dans une nouvelle phase de la crise. Et une phase dangereuse tant gouvernements et banques centrales ont déjà brûlé de cartouches au cours des épisodes antérieurs.

Les spéculateurs à la manoeuvre

On a pu tout d'abord mesurer cet été à quel point la régulation des pratiques spéculatives des acteurs financiers avait peu progressé malgré les grandes envolées des dirigeants du monde entier en 2008-2009. Les spéculateurs s'en sont donné à coeur joie et les réponses politiques sont restées très limitées. Compte tenu des niveaux de dette et de déficit des Etats, il n'y a certes pas de recettes miracles, mais on peut néanmoins responsabiliser plus les agences de notation et décourager davantage la spéculation.

Europe : des réponses peu crédibles

En Europe, la crise de la dette menace désormais, avec l'Italie et l'Espagne, le coeur même de l'eurozone. Avec le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et l'élargissement de ses missions convenu le 21 juillet dernier, des avancées ont été réalisées vers davantage de solidarité au sein de la zone euro. Mais elles restent toujours insuffisantes et, surtout, l'orientation générale trop restrictive des politiques budgétaires rend toute perspective de désendettement peu crédible faute d'activité économique suffisante.

Dans ce contexte, le gouvernement français a été obligé de réviser lui aussi sa copie budgétaire préparée sur la base d'une prévision de croissance trop optimiste. Les mesures annoncées restent cependant limitées. En particulier, elles n'engagent pas l'indispensable refonte du système fiscal français pour en rétablir la progressivité mise à mal par dix ans de cadeaux fiscaux aux plus aisés.

Face aux difficultés rencontrées pour trouver une issue à la crise d'endettement des pays développés, on en vient à se demander si un retour de l'inflation ne serait pas souhaitable, même si la dynamique de la hausse des prix est toujours difficile à maîtriser une fois enclenchée. Mais le risque principal reste bien aujourd'hui la menace d'une déflation…

Article issu du dossier La crise, acte III


Guillaume Duval
Alternatives Economiques n° 305 - septembre 2011
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