Mondialisation : la grande convergence ?

Gilles Raveaud
Alternatives Economiques n° 309 - janvier 2012

Dani Rodrik, spécialiste du développement à l'université Harvard, nous annonce une bonne nouvelle : le rattrapage des industries des pays du Sud vis-à-vis de celles du Nord est automatique (" inconditionnel "). Quelles que soient les institutions et les politiques en place, lorsqu'un pays développe une industrie, celle-ci progresse nécessairement vers des niveaux d'efficacité de plus en plus élevés.

D'ailleurs, pour les plus optimistes, la croissance va se poursuivre au Sud, parce que les pays en développement ont aujourd'hui facilement accès aux technologies, aux capitaux et aux marchés du Nord. Mais Rodrik ne partage pas ce pronostic. Car, et c'est la mauvaise nouvelle, la convergence économique n'est pas automatique. Développer l'industrie ne suffit pas à assurer la prospérité de l'ensemble d'un pays, comme le montrent les contre-exemples du Mexique et du Brésil : la croissance y est aujourd'hui bien plus faible que dans les années 1980.

Quelle est la recette du succès ? Tout d'abord, des institutions et des politiques stables. Mais aussi le recours - typique des pays asiatiques - à la politique industrielle : subventions aux exportations, sous-évaluation de la monnaie, crédits aux secteurs en développement, etc. Or, remarque Rodrik, ces politiques courent deux risques : d'une part, elles peuvent soutenir des secteurs inefficaces ; d'autre part, elles encouragent la constitution de rentes au sein des entreprises aidées.

Ces dangers sont particuliers élevés pour la Chine, où, selon Yuhan Zhang (université Columbia), les investissements représentent près de 50 % du produit intérieur brut (PIB) et sont le moteur de la croissance, bien avant les gains de productivité. Selon Zhang, la Chine est menacée par le surinvestissement et l'accroissement considérable des dettes, qui pourraient rendre son modèle de croissance insoutenable.

De plus, note Rodrik, si ces politiques interventionnistes ont pour l'instant été tolérées, la persistance du chômage au Nord et l'action de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) risquent de les placer sous le feu des critiques. Ainsi que le note le juriste Bernard O'Connor, en raison de sa non-application des règles comptables internationales et de sa politique de subventions, la Chine risque fort de ne pas obtenir le statut " d'économie de marché " accordé par l'OMC, qui lui permettrait d'avoir accès sans restriction aux marchés du Nord.

Ce qui est frappant, lorsqu'on lit les travaux de Rodrik, c'est qu'on ne peut s'empêcher de penser à l'Europe, notamment lorsqu'il évoque la honte associée aux politiques industrielles, en dépit de leur succès, ou lorsqu'il explique que la croissance ne peut être tirée par le seul secteur des hautes technologies, au contraire de ce que propose l'actuelle stratégie Europe 2020.

Evoquant le legs intellectuel de Milton Friedman, Dani Rodrik estime que " l'Histoire montre que lorsque l'enjeu est de taille, ce sont les interventionnistes qui réussissent. " Après avoir tant méprisé les pays du Sud, il est peut-être temps pour ceux du Nord de s'intéresser aux raisons de leur succès et de penser à nouveau la question centrale : quelles politiques pour quel développement ?

Gilles Raveaud
Alternatives Economiques n° 309 - janvier 2012

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